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L’enrichissement intellectuel de l’Ummah par la pensée critique

Louanges à Allah (swt0 et Salutations au Prophète Muhammad (saw)

Ainsi Nous avons fait de vous une Ummah équilibrée pour que vous soyez témoins pour l’humanité, et que le Messager (saw) soit témoin pour vous.  Surah Al Baqarah (2) : verset 143

Le déroulement des évènements sur le plan international, la montée vertigineuse de l’Islamophobie, l’étendu du dictat du gang Epstein sur le monde arabe, le contrôle des mosquées, dans le monde musulman, à travers la censure des khutbahs, et dans un moindre degré, la triste réalité de la pauvreté des khutbahs localement ainsi que l’absence de proactivité chez les dirigeants des mosquées, nous incitent à consacrer une nouvelle réflexion sur l’urgence de cultiver la pensée critique au sein de l’Ummah. 

L’accent que met le Créateur sur la nécessité, pour les Musulmans, de réfléchir, d’adopter la pensée critique, nous permet d’affirmer qu’il s’agit d’une des conditions pouvant nous permettre d’atteindre la position de shuha alan naas (des témoins pour l’humanité). 

Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour l’humanité, car vous ordonnez le bien, interdisez le mal et croyez en Allah.  Surah Al’i Imraan (3) verset 110

De plus, Allah affirme : 

Il y a en cela des preuves pour ceux qui réfléchissent.  Surah Ar Roum  (30) verset 21

Il existe dans le Qur’an, des dizaines de versets où Allah (swt) fait appel à notre réflexion, nous interpelle quant à notre capacité de jugement, ou encore à notre raisonnement, voire notre intelligence. 

La réalité, au sein de la population, tout comme au sein de la communauté, c’est que nous avons adopté l’attitude de suiveurs aveugles, que ce soit derrière des politiques ou derrière des savants incapables. Depuis l’enfance, nous avons subi un système d’éducation qui nous a engourdi l’esprit pour faire face  à la compétition féroce dont l’objectif était d’obtenir tel ou tel diplôme.

La pire forme de l’esclavage est celle qui emprisonne l’esprit, qui emprisonne notre faculté de raisonnement. Nous avons laissé aux autres de réfléchir pour nous. Bien que nous ne portions plus de chaînes aux pieds, notre cerveau est enchaîné. Les journaux sont au plus bas, avec les faits divers faisant la Une. Les radios font preuve d’un abêtissement qui n’encourage pas la pensée critique. La télévision nationale est détachée de la réalité de la population. Ajoutez à cela les séries, indiennes, brésiliennes et autres qui nous servent chaque jour notre dose d’imbécillité.

Au plus haut niveau de l’Etat, la tendance à cultiver le culte de la personnalité à outrance découle de l’absence de la pensée critique.

Quel est le niveau de réflexion au niveau des masajid? On est encore loin des masajid qui jouaient un rôle motivateur, comme au temps du Prophète Muhammad (saw) au sein de la communauté. Nos dirigeants semblent dépendre entièrement des da’ees et autres prêcheurs, parmi eux, ceux qui ne sont pas suffisamment conscients des enjeux de la société ou qui ont des agendas sectaires. 

Le constat est encore plus accablant concernant le niveau des khutbahs. A l’exception de certains khateebs qui démontrent une proactivité et une sensibilité face aux défis auxquels les Musulmans doivent faire face, les khutbahs sont devenus une litanie d’occasions perdues où nous pouvons nous attendre à entendre ce dont nous oublierons le contenu aussitôt sortis de la mosquée.

Sur le plan international, comme l’a affirmé, récemment sur la plateforme The Thinking Muslim, Azzam Tamimi, observateur Palestinien en exil, dans une grande partie du monde arabe, les mosquées sont sous le contrôle des services de renseignement. Ce sont eux qui décident qui prend la parole, qui prononce le sermon du vendredi. Les mosquées sont fermées immédiatement après les prières et n’ouvrent qu’avant le début des prières. 

La pensée critique se définit par la faculté de raisonner autrement, d’adopter une attitude critique. Elle est aussi la faculté de penser d’une façon objective, d’une façon différente et détachée. C’est en adoptant cette attitude que nous pourrons prétendre devenir des témoins pour l’humanité. 

Le Musulman est un leader d’opinion, quelqu’un qui commande le respect à cause de son opinion, à cause de son jugement et de sa perception des choses. 

En tant que leader d’opinion, le Musulman critique prend position, affirme son opinion, dénonce le mal et agit en conformité avec l’ordre d’Allah (swt). Il a aussi le devoir d’affûter sa façon de penser, c’est ce qu’on appelle la pensée critique. Nous devons adopter une attitude critique face  à l’endoctrinement, face  à l’abrutissement et face à l’abêtissement. 

Cependant nous devons concéder que, sur le plan international, les chefs d’Etats musulmans ne s’affirment pas en tant que leaders de l’Ummah. Ils sont devenus des complices des islamophobes.

Pour reprendre les propos du Prof Khaled Abou el Fadl, conférencier  à l’Université UCLA, avocat des droits de l’homme et fondateur de l’Usuli Institute aux USA, il est dommage que les savants soient indifférents aux massacres quotidiens des Musulmans, et à l’inaptitude et l’inutilité des lois internationales et des normes des droits humains. 

Cette vérité est ensuite répercutée sur les minbars partout au niveau de l’Ummah. Les khutbahs qui s'enchaînent ne représentent plus la volonté, la fierté, la force du Prophète Muhammad (saw). Les discours de ceux qui montent sur les mimbars sont déconnectés des réalités de la vie, comme si les khateebs étaient méconnaissables des réalités de leur audience. 

Le défi le plus ardu pour le Musulman sincère est de réaliser la pauvreté de l’intellect dans le monde musulman. Il ne s’agit pas de l’inefficacité des mimbars, mais d’une trahison de ces plateformes, un acte de désespoir.

Il est attribué au Prophète Muhammad (saw) d’avoir affirmé qu’à chaque chose, il y un moteur qui lui permet de fonctionner. Le moteur du croyant est l’intellect, la fondation du croyant est l’intellect, et le pilier sur lequel repose l’Islam est l’intellect. De plus, a-t-il ajouté, il incombe  à chacun d’avoir un objectif, l’objectif du vrai croyant est l’intellect. La commodité du Musulman  zélé est l’intellect. Et au Prophète Muhammad (saw) de conclure que le vrai but du parcours d’un Musulman est l’intellect.

Il est aussi rapporté que le meilleur adorateur d’Allah (swt) est celui qui a développé son intellect, et le meilleur des gens est la personne rationnelle qui aura investi dans son développement intellectuel.  

De toutes les religions, si nous faisons abstraction du fait que  l’Islam soit aussi un mode de vie complet, une idéologie, elle est la seule qui a sanctifié le rôle de l’intellect. De nombreux exemples démontrent que la tradition islamique honore et élève l’intellect dans les affaires humaines. La nature de la piété exige un engagement intellectuel, dans la discipline, dans le chemin d’Allah. Il n’est pas acceptable  à un Musulman de se proclamer  pieux s’il se cantonne dans l’ignorance.  

Ceci est un appel à la réflexion, à l’adoption de la pensée critique. Nous avons le devoir de nous engager dans un jihad intellectuel, dans une confrontation d’idées, une révolte contre le matraquage de cerveaux. 

O vous qui croyez ! Répondez à Allah et au Messager lorsqu’il vous appelle à ce qui vous donne la (vraie) vie, et sachez qu’Allah s’interpose entre l’homme et son cœur et que c’est vers Lui que vous serez rassemblés.  Surah Al Anfal (8), verset 24

Qu’Allah (swt) nous aide et nous guide.

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