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Les influenceurs Musulmans, experts ou détracteurs ?

Louanges à Allah (swt) et Salutations au Prophète Muhammad (saw).

O vous qui avez cru! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas? C’est une grande abomination auprès d’Allah que de dire ce que vous ne faites pas.  Surah As Saff (61) versets 1-2

Nous avons déjà relevé, dans un ces khutbah, consacré à la normalisation du mensonge, le rôle infecte que peuvent jouer cette nouvelle catégorie de menteurs que sont les influenceurs sur notre perception des évènements. Depuis les dernières décennies, on retrouve sur les plateformes digitales, des influenceurs Musulmans qui prétendent tout savoir sur l’Islam et les Musulmans. Certes, des influenceurs Musulmans ont contribué largement à mieux nous informer sur le génocide de Gaza ou ce qui se passe en Palestine. Mais, de là à leur accorder crédibilité sur le message de l’Islam, il nous convient de garder notre réflexe de penseur critique. 

Soulignons d’emblée que les influenceurs ne pourront jamais remplacer les savants Musulmans, ceux qui ont consacré leur  vie à étudier et à expliquer les textes authentiques. Avec la tendance actuelle chez les jeunes de lire de moins en moins,  et d’ingurgiter les clips vidéo sur les réseaux sociaux, les leaders d’opinion, les da’ees, Imams et autres khateebs, capables de les influencer, devraient s’équiper pour les mettre en garde sur les dangers de suivre aveuglément les messages des influenceurs Musulmans.

Dans le domaine de la da’wah, ces soi-disant experts peuvent créer des contenus par milliers pour attirer des millions de followers, un euphémisme pour ne pas dire des suiveurs aveugles, véhiculant des sujets sur lesquels ils n’ont aucune maîtrise. Car leur objectif est de recueillir le plus de « j’aime » possible. 

O vous qui avez cru ! Si un fasiq (pervers) vous apporte une nouvelle, élucidez-la (de crainte) que par inadvertance vous ne portiez atteinte à des gens et que vous regrettiez par la suite ce que vous avez fait.  Surah Al Houdjourat (49) verset 6 

La controverse: leur champ de prédilection.

Pour accroître et retenir le nombre de leurs followers, les influenceurs alimentent, quitte à s’excuser par la suite, la controverse, focalisant sur des sujets dont ils n’ont aucune compréhension, comme le port du hijab ou le féminisme. Incorrigibles, ils répèteront leurs erreurs plus tard pour accrocher plus d’audience et s’excuser ensuite. 

Pour rester pertinents, les influenceurs musulmans doivent constamment soigner leur image et susciter la controverse afin de capter l'attention des communautés en ligne avides de contenus sensationnalistes.

Une partie de cette prolifération de contenus musulmans en ligne provient des efforts de prosélytisme menés sous couvert de la daa'wa, ainsi que du marketing de produits misant sur la proximité avec l'Islam ou l'identité musulmane.

Il est nécessaire de dissocier et de protéger le concept prophétique de la daa'wa de la culture des influenceurs.

La perversion du sens de l’Ummah. 

La scène des influenceurs musulmans pervertit notre conception de la communauté, car elle a besoin de divisions pour conserver sa pertinence.  Il est plus facile, et peut-être plus controversé (plus accrocheur), de critiquer la longueur des cils d'une sœur ou de réclamer une réinterprétation de la religion fondée sur des désirs individuels, que de parler d'un militant dont le corps s'autodétruit pour tenter de préserver la vie palestinienne. Ces influenceurs peuvent aussi contribuer à criminaliser les mouvements de la résistance, pour le seul gain de popularité. 

Faut-il accorder une tribune à des individus en fonction de leur nombre d'abonnés ?

Cette logique est devenue un véritable fléau pour l'organisation de nos communautés. Elle accepte sans esprit critique que si des personnes avaient une large audience, elles devaient être mises en avant pour attirer un large public, même si leur personnalité, leur contenu et leur comportement étaient nuisibles. Ces mêmes individus se présentent ensuite comme des adeptes d'une vie trépidante, proposant des formations à des prix exorbitants pour que chacun puisse profiter de leur prétendue fortune à sept chiffres. Il faut payer pour rejoindre leur mode de vie halal de luxe – autrement dit, une arnaque. 

L’autre danger demeure l’incursion de ces influenceurs dans le domaine de l’investissement halal. Ils peuvent nous influencer à investir dans des compagnies financières musulmanes en vue d’obtenir des revenus halal. Ils ne savent pas que certaines de ces compagnies s’affirmant « shari’ah compliant », ne s’engageant pas dans la vente d’alcool ou des jeux du hasard, peuvent investir dans des compagnies telles qu’Allianz et par conséquent, financer le génocide. Pour ces influenceurs, la fabrication d’armes ou le déplacement de millions de Musulmans ne relèvent pas d’actes répréhensibles condamnées par la Shari’ah. Toute personne sensée peut y déceler le conflit d’intérêt.   

Enfin, les influenceurs s’assurent à préserver leur marché et évitent les sujets qui fâchent de peur de voir leurs plateformes boycottées. Sensibiliser sur Gaza, sur les mouvements de résistance impacterait sur leurs algorithmes et leur liberté de voyager.  

Les réseaux sociaux ont incontestablement joué un rôle crucial dans la démocratisation de la couverture médiatique de Gaza par les médias traditionnels, et les influenceurs musulmans y ont largement contribué. Ils mettent souvent en avant diverses organisations caritatives auxquelles il est possible de faire des dons, allant même jusqu'à s'y impliquer personnellement. Ils ont ainsi contribué à maintenir vivant le discours de soutien au peuple palestinien, mais leur liberté d'expression est souvent limitée. 

Daa’wah en ligne : un jeu du nombre

Il est important de nous rappeler que la daa’wah est la mission des prophètes. Ce fut une mission qui fut adoptée avec patience et persévérance. Les messagers se concentraient sur deux aspects, porter le massage du tawheed (monothéisme) et corriger les maux de la société simultanément. Allah (swt) nous invite à cela indépendamment des résultats. Cependant, la daa’wah en ligne est devenue un jeu du nombre, ou l’ampleur de l’abonnement  prouve l’importance du message, contrairement aux messagers d’Allah (swt) qui ne souciaient pas du nombre d’adhérents. Ne soyons pas victimes du piège de l’économie de l’attention. 

Il convient aux Musulmans sincères de se convaincre qu’il existe un autre monde que ceux des influenceurs. Le monde de la vraie lutte, de l’activisme, de la résistance et du sacrifice pour la Cause d’Allah (swt) est réel et demeure notre priorité et notre devoir.   

Qu’en est-il des journalistes qui opèrent dans le feu de l’action, des jeunes qui croupissent dans les prisons dont le crime était de dénoncer le génocide et les criminels de guerre, ou de s’élever contre les politiques d’oppression de leurs pays: ce sont ceux-là les vrais héros, mais ils ne reçoivent que très peu d’attention. 

Sachons que ces gens nous haïssent. Ces plateformes ne sont pas les nôtres. Ce sont les outils du Big tech pour leurs intérêts et sont fondées sur des algorithmes sur lesquels nous n’avons aucun contrôle. Ils sont là pour promouvoir la haine sous la forme de la diplomatie quiétiste et utilisent leur narratif pour promouvoir le sionisme.  

La haine certes s’est manifestée sur leur bouche.  Ce que leur poitrine cache est encore plus énorme. Voilà que nous vous exposons les Ayats. Si vous pouviez raisonner.  Surah Al’i Imaraan (3) verset 118

Il est de notre devoir de combattre ces pièges du modernisme et de ces énergumènes en ligne.

Qu’Allah (swt) nous aide et nous guide.

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